Pour
Gianmaria,
Ta
voix grimpe à un balcon, souffle à l’aimé
les mots à dire à celle qui y est accoudée.
Ta voix, c’est Cyrano caché dans le jardin qui enseigne
au genre masculin oublieux comment frapper à la porte du
baiser d’une fille. Ce sont des syllabes de pluie, de quoi
enlever sa veste et la mettre sur les épaules découvertes
d’une femme, un des rares gestes sacrés dont l’homme
est doté.
Tes chansons servent à un garçon pour s’improviser
homme, elles servent à un homme pour redevenir garçon.
Une femme soupire : si c’était vrai. Tant que tu
chantes c’est vrai et puis pendant cinq autres minutes dure
l’effet de remassage des débris masculins : l’adulte
et le casse – cou sont de nouveau ensemble. Tant que tu
chantes voilà de nouveau une silhouette d’homme dans
la pièce, à son revers il a mis une fleur d’ortie,
en haut de sa chemise un vrai papillon. Il enlace de son bras
la jeune fille, il ébauche une valse, virevolte en tango,
le couple rayonne, numerus clausus scellé par la musique.
Elle sent bon les danses d’autrefois ta chanson d’aujourd’hui.
Homme et femme rapprochent leurs pommettes pour faire semblant
de se dire un mot, ils sentent leurs cheveux, rapprochent leur
souffle de la courbe du cou. Les danses d’autrefois permettaient
des étreintes avec l’excuse d’une danse sur
la piste.
Rien d’autre que des amours, pulpe découverte par
un couteau qui écorche, épluche, et dessous, le
fruit est blanc. Uniquement des amours, leur pas de deux dérange,
détourne : deux amoureux avancent, derrière eux
se mettent à la file nos regards, ceux de soldats forcés
dans les rangs, au lieu de s’écarter d’un pas,
déboutonner leur col et se mettre à courir. Rien
d’autre que des fleurs, achetez – en un petit bouquet,
apportez – le , tout en sueur, hors d’haleine, à
votre créature préférée, aimée.
Erri
De Luca – Traduit de l’italien par Danièle
Valin